A La Haye il y a quelques années, j’ai voulu acheter un paquet de chewing-gum.

J'ai été dans l’épicerie la plus proche. Le paquet était à 1€ mais j’avais seulement 0.98€.

Après m'être renseigné, j'ai appris que le distributeur de billets le plus proche était à la gare, à environ 15 minutes à pied.

20 minutes après, à la gare, j'ai retiré de l’argent au guichet automatique. Juste à côté il y avait un kiosque à journaux qui vendait les mêmes chewing-gums qu’à l'épicerie, mais à 0.95€.

 
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J'ai l'habitude de me coiffer avec une sorte de mèche montante de gauche à droite. Depuis plusieurs années.

Aujourd'hui j'ai été faire des photos d'identité et j'ai remarqué que la photo était inversée gauche droite. Je me trouvais moins beau comme ça. Je pense que c'est du à cette mèche qui passe de montante (dans la vraie vie) à descendante (sur la photo). Ça casse la dynamique optimiste de mon image.

Dans un premier temps je me suis dit que les fabricants de photomatons étaient cons d'inverser les images. J'ai compris plus tard que la photo correspond bien à la réalité, à ce que voit tout le monde, et que c'est mon image dans le miroir qui est inversée gauche droite.

Yann Vanderme
 
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C'est un truc qui m'est resté de la table de ping-pong après recollage de tous les bouts. Bizarre...

Yann Vanderme

Il y a une explication bien rationnelle à tout ça, mais j'ai mis du temps à la trouver.

Pendant tout ce temps j'étais confronté à une chose très étrange.

 
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A la cité des arts on a tous un téléphone à fil dans notre studio. Il y a 320 studios. En face de mon studio, de l’autre côté de la rue se trouve un batiment avec d'autres studios de la cité.

Avec Lilo, on s’est fixé un rendez-vous à 18h, sans se dire où. Je ne la connais pas beaucoup. Je ne sais pas où elle habite. On a juste convenu qu’on s’appelerait.

À 18h je prends mon téléphone - à fil - et le pose sur le rebord de la fenêtre. Le fil est juste assez long pour ça. Je trouve ça cool de le poser comme ça.

Je compose le numéro en regardant dans le vague. En face, un étage en dessous, je vois une voisine qui se dirige vers son téléphone et décroche exactement au même moment où Lilo décroche.

 
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J’ai un nouveau travail à 30 minutes à pied de chez moi.

Tous les matins, sur le chemin, je croise un type. Je crois qu'on fait tous les deux semblant de ne pas s'être remarqués.

On fait donc le même trajet mais en sens inverse l’un de l’autre. Et on se croise à différents endroits sur ce trajet selon les jours. Le type est devenu un repère temporel. Mais un drôle de repère car c'est difficile à dire si c'est lui qui est en retard ou en avance, ou si c'est moi.

 
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Yann Vanderme Yann Vanderme Yann Vanderme
Les 1, 2 et 5 avril 2014 dans ma cage d'escalier.
 
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“Le Figaro”

Je vais à une manif à Paris - contre les attaques de l’armée israelienne sur Gaza.
Par curiosité je cherche à estimer le nombre de manifestants. C’est très vague, mais très vaguement je compte 10000.

En rentrant chez moi le soir, je cherche “manif + gaza + date du jour” sur internet. Je tombe sur un article du Figaro qui mentionne 300 manifestants selon la police et 500 selon les organisateurs.

En voilà un qui n'a pas mis son nez dehors et qui a baclé son article. Enfin… Je laisse un commentaire:

“j’y suis passé et ils étaient au moins 5000.”

Je dit “ils” pour faire semblant de pas être partisan, et 5000 parce que la lecture de l'article m'a fait revoir mes estimations à la baisse.

3 heures plus tard, je recherche “manif + gaza + date du jour” et tombe sur un autre article du Figaro. Un nouveau, mentionnant 5000 manifestants.

Ça fait bizarre d’être plus ou moins rédacteur d'un article alors que je me croyais lecteur.

Le lendemain, les journaux mentionnaient 30000 manifestants.

 
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En bas de chez moi, les trottoirs ne sont pas larges.

Aujourd'hui il y avait une échelle appuyée contre le mur à quelques mètres de ma porte. Elle prenait appui au bord du trottoir et du coup obligeait à passer dessous pour qui ne voulait pas marcher sur la route.

J'ai hésité un peu et suis passé dessous. Je ne suis pas assez superstitieux pour faire ce mini détour par la route.

Quelques minutes après, à la caisse d'un supermarché, le caissier se trompe et me fait gagner 10€.

Finalement passer sous l'échelle m'a porté chance. Peut être que le phénomène est inversé chez moi. Du coup je n'ai pas envie de repasser sous cette échelle. J'aurais peur d'annuler le sort positif qui m'est tombé dessus lors du premier passage.

Au retour je m'apprête à marcher sur la route. Un taxi est arrêté à hauteur de l'échelle me laissant un mètre pour passer. Un tout petit peu avant d'arriver au niveau de l'échelle et du taxi, un scooteur se faufile dans ce mètre et m'oblige à remonter sur le trottoir et passer sous l'échelle.

 
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En novembre 2013 à Vilnius j'ai rencontré une certaine Marija dans un bar. On s'est bien entendu et on est allé chez elle.

Le lendemain, j'avais pas mes lentilles et voyais donc flou. Il a fallu que je parte un peu en catastrophe parce que des gens venaient faire des travaux chez elle. On ne s'est plus revu ensuite.

3 mois plus tard lors d'un autre séjour très court à Vilnius, je rencontre une autre fille dans le même bar. Vu qu'on s'entendait bien on a été chez elle. Sur le chemin je lui dis que je connais déjà cette rue, que je suis déjà passé par là.

"You know Vilnius very well."

"Not so much, but I have been on this street before."

On continue et on arrive à un carrefour où ce sentiment de déjà-vu persiste. Je l'exprime d'une manière ou d'une autre. Juste après, on arrive à une place avec un œuf géant en guise de sculpture. Je lui demande un peu pour rire si c'est «par là» indiquant la diagonale de la place (Pour info, c'est la direction prise 3 mois avant avec l'autre fille). Elle dit qu'est-ce que ça peut faire, mais oui c'est par là. Je commence à trouver ça étrange. Je ne me suis pas beaucoup baladé à Vilnius, y suis resté quelques jours (10?) et suis pas non plus rentré avec beaucoup de filles. C'est quand même un drôle de hasard.

La réalité qui se fabrique au fur et à mesure sous mes yeux correspond à celle enregistrée dans ma mémoire il y a 3 mois. Un peu excité par le jeu, je lui dis une fois dans la rue suivante, « et là c'est dans la petite rue à droite ? » Là elle commence à changer de comportement, prend un peu ses distances ou est pas très à l'aise. Je ne me souviens plus si c'est avant où après qu'on ait évoqué que j'avais eu une affaire dans une de ces rues. Mais en tout cas, à ce moment elle avait compris que j'avais eu une affaire avec quelqu'un dans cette petite rue à droite. Elle connait quelqu'un qui habite dans cette rue. Je lui dis que son prénom commence par M. A ce moment elle prend ses distances en marchant plus vite que moi et à dire que non, c'est pas possible, qu'elle ne peut pas coucher avec moi. Elle rencontre à ce moment deux personnes qu'elle connait, avec qui elle parle une ou 2 minutes. Juste après elle m'explique que c'est sa meilleure amie (et voisine) qui habite là, qu'elle ne peut pas coucher avec quelqu'un qui a couché avec sa meilleure amie. Elle me demande : c'est toi qui n'avais pas tes lentilles le matin, qui ne voyais rien ? Et qui a du partir parce que des gens venaient faire des travaux ? Ça m'a fait très très bizarre. J'ai compris un peu plus tard qu'elle a pu m'identifier à l'histoire que lui a racontée sa copine parce que je suis français (et/ou artiste). Mais sur le coup c'était l'instant le plus étrange. On est reparti boire un verre dans le bar pour nous remettre de nos émotions.

 
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